dimanche 6 novembre 2011

A la croisée de deux courants

Henri Edmond Cross est un artiste français né en 1856. Dès l’âge de 10ans, doté de qualités artistiques indéniables, il entre en apprentissages aux Beaux Arts de Lille. Il se perfectionnera ensuite dans les ateliers de différents maîtres. Après une formation des plus « classique », il est séduit par le néo-impressionnisme de Seurat puis de Signac. Il se passionne alors pour la technique divisionniste. Son œuvre se démarque par son utilisation des couleurs, de plus en plus éclatantes et vives au fur et à mesure des années. De plus la couleur n’est plus locale mais fait place à une vision idéelle et paradisiaque des paysages qu’il peint. La lumière aussi, tient une grande place dans son travail : à cause de problèmes de santé, il est obligé (si, si ! obligé !) de vivre dans le sud de la France. Outre le climat plus clément, le soleil est plus brulant et plus incisif, ce qui se traduit directement sur la toile.
L’exposition du Musée Marmottan-Monet met en regard les travaux plusieurs peintres du mouvement « pointilliste », tel Seurat – chef de file du groupe- et Signac – qui reprendra le flambeau à sa mort. On peut donc voir les sources d’inspiration de Cross, et les thèmes communs aux artistes : avant tout des paysages, avec un attrait particulier pour les effets de lumière (scintillement du soleil sur l’eau), mais aussi la représentation d’une végétation luxuriante. De plus, on peut voir dans le travail de Cross une certaine évolution, et notamment, l’adoption d’un certain style japonisant. Par là je veux dire qu’il est évident que le peintre s’est intéressé aux estampes japonaises – de Hokusai ou encore Hiroshige- qui circulaient abondamment dans le milieu artistique à cette époque.

Henri Edmond Cross, Les baigneurs, 1892-1895

L’exposition nous suggère aussi que Cross se trouve au croisement –  « Cross » de son vrai nom Delacroix [aucun rapport avec Eugène cependant] se trouve donc au croisement – du néo-impressionnisme et du FAUVISME ! Ca y-est le mot est lâché. Et oui, l’utilisation qui est faite de la couleur par le peintre laisse réellement pressentir le courant fauve. Ajouté à la couleur, la touche de l'artiste se grossit de plus en plus, laissant présager les aplats fauvistes. Une de ses toiles m’évoque d’ailleurs furieusement le Luxe, calme et volupté à venir de Matisse.

Matisse, Luxe, calme et volupté, 1904-1905
Henri Edmond Cross, Terrasse fleurie

 

Enfin, gros coup de cœur pour les aquarelles de Cross, qui sont je trouve, d’une beauté aussi saisissante que leur exécution semble simple.


Henri Edmond Cross, Paysage, aquarelle sur papier
Henri Edmond Cross, Les rochers rouges aux Trayas, aquarelle sur papier



 Ce qui est intéressant de noter, c'est que Cross a connu le succès de son vivant, pour être ensuite complètement oublié, et enfin, redécouvert à notre époque.
A VOIR JUSQU'AU 19 FEVRIER

*Enfin, petite mention spéciale au tableau Camaret (clair de lune et bateaux de pêche) de Maximilien Luce, qui, bien plus que sur l'écran, est incroyablement envoûtant.
Maximilien Luce, Camaret, clair de lune et bateaux de pêche, 1894.

L'exposition sur le site du musée Marmottan, ici.
Infos pratiques pour l'expo, .

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