mardi 15 novembre 2011

Tchekhov, au TOP !

Dimanche je suis allée voir Ivanov (1887) mis en scène par Jacques Osinsky, au Théâtre de l’Ouest Parisien. Il s’agit d’une pièce d’Anton Tchekhov (1860-1904), le fameux médecin de profession/ écrivain par passion, auteur de La Mouette et  de La Cerisaie. A travers ses œuvres, il explore les caractères et les pensées des hommes dans la province russe. Pour avoir connu quelques russes, je suis résolument persuadée qu’il existe ce que l’on appelle « une âme russe ». Et la lecture d’auteurs tels que Tchekhov, Tourgueniev ou encore Dostoïevski, ne fait que renforcer cette idée chez moi.

©Pierre Grosbois
Devant les yeux nous avons Ivanov, propriétaire terrien endetté, intelligent et bon, mais indéniablement mélancolique et lâche. On apprend que 5ans auparavant, Ivanov s’est marié avec une juive. C’était un mariage d’amour, mais qui fut très mal vu. La mariée, Anna, a dû tout quitter pour lui (parents, fortune, religion). Aujourd’hui, Ivanov n’aime plus Anna, il s’en sent coupable, et tout – excepté ce sentiment de culpabilité - lui est devenu indifférent. Il s’ennuie. Bientôt pourtant, il s’éprendra de la jeune Sacha… mais il n’aura pas vraiment l’occasion de profiter de leur amour.

©Pierre Grosbois
Gravitant autour de lui, une multitude de personnages contrastés : Les habitants de la maison d’abord: Anna, l’épouse amoureuse, atteinte de la tuberculose ; Matvei, l’oncle d’Ivanov, à qui il ne reste plus rien, sinon son titre de Comte ; Micha, intendant de la maison, magouilleur de première et Evgueni, jeune médecin d’Anna. Puis les voisins/amis : Babakina, jeune veuve naïve et grotesque ; Pavel, vieil ami alcoolique d’Ivanov et sa femme Zinaïda, une mégère avide de potins, qui gère les affaires du couple d’une main de fer ; et leur fille de 20ans, la candide Sacha.

©Pierre Grosbois
Cette comédie (qui fut réécrite en drame pour mieux coller aux exigences de l’époque), met l’accent sur différents thèmes. En premier lieu, l’ennui profond qui habite et pèse sur tous les habitants de cette province où il ne se passe jamais rien. En second lieu, Tchekhov nous livre une satire de cette société en pleine décrépitude. Il nous dévoile une petite bourgeoisie parfois très bête (Babakina), méchante et hypocrite (Zinaïda), mais aussi antisémite (l’hostilité de certains à l’égard d’Anna est palpable, violente) et assoiffée de ragots. 

©Pierre Grosbois
 Le fil rouge de la pièce est La Rumeur. Dès le départ, le mariage d’amour entre Anna et Ivanov est considéré comme une machination fomentée par ce dernier pour obtenir l’argent des riches parents, mais qui aurait échouée. Par la suite, les « projets » de magouilles portés par Micha, font passer Ivanov pour un menteur, un assassin, un voleur…alors qu’il a toujours refusé de s’impliquer. La mort d’Anna – provoquée par la tuberculose – est vue comme un presque-meurtre, une façon de se débarrasser de la première épouse, pour pouvoir s’unir à Sacha. Et se marier à Sacha est perçu comme le moyen pour Ivanov, de ne pas payer la dette qu’il a contracté envers ses parents. Toutes ces rumeurs enfin, auront pour conséquence le suicide de Nicolaï Ivanov, le jour de ses noces.

©Pierre Grosbois
En somme, Tchekhov nous propose une pièce très moderne, qui malgré le passage des années garde toute son actualité, puisque ce sont les affres de l’humanité qu’il explore là. La remise en question de soi, la lutte entre amour et culpabilité, la lutte d’un homme comme tout le monde face à la société. Quand Jacques Osinsky - le metteur en scène de la pièce - la décrit, il en parle comme d’une « pièce qui parle presque de la crise de la quarantaine », c’est dire si c’est un problème actuel !

Dossier sur la pièce sur le site du théâtre

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